L’appel pour Kiev
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Sandrine Bélier, José Bové, Karima Delli, Yvette Duchemann, Pascal Durand, Catherine Grèze, Clarisse Heusquin, Yannick Jadot, Eva Joly, Mohamed Mechmache, Nicole Kiil-Nielsen, Michèle Rivasi, François Veillerette et Karim Zéribi, candidats EÉLV aux élections européennes, appellent l’UE à prendre des mesures de rétorsion envers les dirigeants ukrainiens et à assouplir l’accueil des Ukrainiens fuyant la répression.

Voilà trois mois maintenant que des centaines de milliers d’Ukrainiens manifestent sur la place Maïdan, légendaire place de l’indépendance au centre de Kiev et cœur de la révolution orange de 2004. Ces manifestations ont provoqué de violentes réactions policières du gouvernement Ianoukovitch, des centaines de blessés depuis décembre, et depuis le 18 février, plusieurs dizaines de morts. Alors que le pays est plus divisé que jamais, le gouvernement ukrainien tente de se fermer au monde pour opérer sa répression de plus en plus brutale et sanglante. On craint aujourd’hui le pire dans cette course à la radicalisation d’un pouvoir aux abois avec la complicité de Moscou, tandis que les yeux du monde sont braqués sur le décompte des médailles des Jeux Olympiques à Sotchi.

Les témoignages qui nous parviennent depuis Kiev sont choquants, les images sont insupportables et la timidité des réactions européennes plus que regrettable. La Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, trouve la situation « préoccupante » (sic) tandis que les chancelleries des États membres font chacune entendre leur petite musique nationale dans le grand orchestre de l’impuissance européenne. Pendant ce temps, aussi à l’aise dans les brodequins de tsar que dans les bottes de Staline, le président russe Vladimir Poutine continue de diviser l’Europe par sa diplomatie à coup de dollars et de gaz, en entretenant un gouvernement ukrainien à qui ne manquait plus que le baptême du sang. C’est désormais chose faite.

Les Européens doivent rompre avec le confort de l’inaction et réagir afin de se montrer à la hauteur de l’Histoire et des espérances qu’une partie des Ukrainiens place dans son choix d’un destin européen.

Il y a ainsi des actions immédiates à prendre :

À court terme, la Croix Rouge et l’ensemble des ONG humanitaires doivent pouvoir intervenir afin de soustraire les blessés à la brutalité du pouvoir qui les poursuit jusque dans les hôpitaux et les États membres de l’UE adopter une version ukrainienne des « lois Magnitsky » incluant le gel des fortunes détenues à l’Ouest par les actuels dirigeants ukrainiens. Un régime d’interdiction ciblé de leurs déplacements au sein de l’UE est nécessaire, de même qu’un assouplissement des conditions d’attribution des visas pour les Ukrainiens désireux d’échapper à la répression. Des délégations politiques européennes doivent se rendre sur place dans les plus brefs délais pour stopper l’escalade de la violence et engager le dialogue politique pour une rapide sortie de crise. La libération immédiate et inconditionnelle des prisonniers politiques, dont Ioulia Timochenko, est également indispensable. Enfin, l’UE doit faire pression sur les créditeurs internationaux de l’Ukraine comme le FMI pour lui offrir un peu d’air et la possibilité de s’affranchir de la tutelle russe.

À moyen et long terme, l’Union européenne devra se libérer du chantage et de l’influence gravement préjudiciable de Poutine, à travers une politique commune ambitieuse et réaliste permettant de garantir sa sécurité énergétique et celle de ses plus proches voisins.

C’est pourquoi nous, députés européens, candidats, militants et citoyens engagés pour une Europe solidaire, démocratique et ouverte sur le monde, exprimons notre total soutien aux forces démocratiques et pro-européennes ukrainiennes, sans naïveté ni complaisance sur la diversité des mouvements d’opposition.

Nous appelons ainsi à manifester dès maintenant devant les ambassades d’Ukraine et de Russie dans chaque Etat membre de l’Union européenne pour affirmer notre solidarité et sortir enfin de l’Europe forteresse pour aller vers une Europe archipel de la liberté. Dans le miroir des manifestants ukrainiens se dessine le visage de l’Europe puissance pacifique et force de transformation sociale à laquelle nous aspirons tous, de l’Atlantique à l’Oural.