Territoires en transition.
Partager

 

La transition est un mouvement créé  en Angleterre  par Rob Hopkins.
Il s’agit d’inciter les citoyens d’un territoire (village, commune, ville, quartier, territoire, île, forêt…) à prendre conscience du pic pétrolier et du changement climatique, et de leurs conséquences profondes.
Le concept central de mouvement de transition est la résilience, c’est la capacité à réagir aux crises et à être autonome.

 

Annecy, le 6 Décembre 2011
Journée d’échange sur les circuits courts

Compte-rendu rédigé par Noëlle Allamand, Membre du CPR Savoie.

Le 6 décembre, il y avait foule à l’entrée de la Chambre d’Agriculture d’Annecy. Une vraie ruche ! Exploitants agricoles, consommateurs, élus, élèves d’écoles d’agricultures, représentants d’associations étaient venus s’informer, échanger sur un mode d’approvisionnement qui prend de plus en plus d’importance en région Savoie : les circuits courts. Des témoignages et des analyses de professionnels vraiment très intéressants, qui ont duré jusqu’en fin d’après –midi avec un intermède dégustation de produits locaux bien sympathique. Je représentais le mouvement Territoires en transition1.

 

Préambule : Monsieur Ducrey, président de la chambre de Hte -Savoie a ouvert la journée en expliquant les orientations des chambres d’agriculture des deux départements.

Dans l’ambiance économique actuelle, il est urgent de développer la vente de produits du terroir, donc :

– Structurer la filière viande en conservant des outils d’abattage. (projets sur Chambéry et Megève)

– Mettre en œuvre une réflexion prospective dans une démarche de diversification.

– Mettre en œuvre une réflexion sur le partage du foncier : l’agrandissement des exploitations est utopique ; ce qu’il faut, c’est diversifier les productions sur une même exploitation.

– S’intéresser à la formation des agriculteurs et les accompagner dans leurs projets .

Tout cela implique un choix de société. Promouvoir les circuits courts est un acte citoyen. C’est ramener les consommateurs dans les exploitations, recréer du lien social, préserver le dynamisme de notre agriculture et créer des emplois.

Présentation de l’équipe qui travaille sur les circuits courts :

Maryline Pierre (communication), Brigitte Lecoeur (restauration collective), Corinne Lavorel (vente et accueil à la ferme), Julien Cosme (accompagne les projets individuels et collectifs).

 

  Qu’est-ce qu’un circuit court ? 

 C’est un mode de consommation de produits agricoles par le chemin le plus direct entre le producteur et le consommateur. La vente peut être directe ou se faire par le biais d’un seul intermédiaire.

Les différentes formes de circuits courts :la cueillette libre, la vente à la ferme, la vente par correspondance, la vente par abonnements, les marchés plein vent, qui sont des démarches individuelles. Les marchés fermiers, les points de vente collectifs, les coopératives, les AMAP qui sont des démarches collectives.

Que signifie produit local ? Le lieu de production et de transformation du produit est proche du lieu de consommation. Un règlement sanitaire définit un rayon de 80 km.

A noter que l’on constate une forte demande des collectivités pour intégrer à ces circuits les productions bio.

Accueil, vente, restauration à la ferme : les agriculteurs ont une formation, un cahier des charges à respecter , un site internet personnel pour la vente en ligne. Deux journées portes ouvertes sont organisées les premiers week-end de mai et d’octobre.

Points de ventes collectifs : l’un à Cruseille, l’autre à Annecy( à la chambre d’agriculture)

La chambre aide à

– organiser la gamme des produits

– rédiger le règlement intérieur

– choisir le positionnement du magasin en fonction des axes routiers, de la concurrence potentielle

– aménager le magasin

– élaborer des plans de communication

– rechercher des financements

– assurer un suivi(intégration de nouveaux associés, changement d’objectifs…)

Marchés et paniers : projet de partenariat entre la SNCFet la Chambre d’agr. sur 3 gares, Aix, Chambéry et Annemasse,pour vendre des fruits et légumes à la sortie des trains.La com ; sera assurée par la chambre . Ventes de paniers également dans les comités d’entreprise.

4 clés pour réussir la mise en place de circuits courts : bien réfléchir à la motivation, à la rentabilité, à l’organisation du travail,aux conséquences sur l’exploitation.

Il existe un site internet : http://www.producteursdesavoie.com/. L’adhésion est de 40 euros par an par agriculteur .

A savoir : 40 % d’exploitants en vente directe région Savoie ; 18% au plan national !!!

Attention : le gouvernement voudrait taxer les points de vente directe. Pour le moment cela reste une tolérance mais c’est certainement un futur combat à mener.

Trois ateliers ont eu lieu l’après-midi, basés sur des témoignages de producteurs et de consommateurs. J’ai assisté à l’atelier « circuits d’approvisionnement collectifs ».

Premier témoignage :Adrien godet,fournisseur de collectivité depuis 2 ans.

Exploitation à l’origine familiale à Lornay, « Vers les champs ».

Maraîchage bio et produits laitiers. 4 associés, 2 ouvriers par intermittence. 95 ha au total,60 vaches, 500 pondeuses. Maraîchage bio sur 6 ha. Aura son label en janvier 2012.

A commencé la restauration collective avec le collège d’Alby sur Chéran, avec l’appui de la Chambre d’agriculture. Cherchait à améliorer son chiffre d’affaires,donc s’est lancé dans le maraîchage bio. L’organisation de son travail en a été bouleversée : dorénavant, lui s’occupe uniquement des légumes, ses parents du troupeau, tandis que son associé est polyvalent.

Rentabilité : le bio les sauve( cette année, 120OOO euros en légumes, dont la moitié en collectivité. Le partenariat avec Alby a été décisif( bonne entente, négociations pour les prix en fonction de la richesse des récoltes)

Conséquences sur l’exploitation : arrivée d’un associé, création d’emplois. 11OOOO euros investis pour du matériel de maraîchage.

Débouchés : restauration collective, un peu de vente à la ferme, .50 paniers livrés à l’AMAP de Novel . Travaille aussi avec Lestroy à la Roche sur Foron.

Deuxième témoignage :la gestionnaire d’Alby, accompagnée du chef cuisinier.

La motivation de changement est née de la présence, dans l’équipe cuisine,d’une femme d’agriculteur. D’abord les pommes de terre ont été achetées chez elle, puis le reste a suivi. Contact avec Mr Ruin qui leur a fait découvrir un nouveau mode d’approvisionnement local.

Difficile d’habituer les enfants à des goûts nouveaux. Cuisine différente,par exemple soupes quand les légumes sont moins diversifiés. Uniquement produits de saison.

En 2010, Adrien les a quittés car le marché d’Alby n’était pas assez important. Mais ont trouvé de nombreux producteurs.

Pas de travail supplémentaire, à condition de bien organiser la reconversion et d’être équipés d’outils de travail, notamment pour l’épluchage des légumes .Les produits laitiers sont livrés en vrac.

Pas de surcoût des repas, les produits frais n’étant pas plus chers que les surgelés.( coût cantine : 2,86 euros) ;

Les problèmes restent la volatilité des producteurs, et la filière viande saturée( quantité de viande très importante pour un collège).

Troisième témoignage :Mr Vincent,directeur de la cuisine centrale d’Annecy.

En 2002, il a essayé d’intégrer des menus bio ce qui s’est soldé par un échec total.

En 2004 2005, projet de service sous le signe du développement durable :améliorer l’émission de CO2 par la proximité, faire la chasse au gaspillage.

On commence par le reblochon bio en 2004, puis la tomme .Enfin, se retrouvent avec12 partenariats de 12 producteurs locaux, hors appels d’offre : la réglementation interdit d’utiliser l’appellation « produit local », alors que la préfecture donne des directives pour acheter des produits de proximité !!! La cuisine centrale contourne la difficulté, et est en quelque sorte dans l’illégalité, mais la municipalité assume.

Prix du repas :1,82 pour les personnes âgées livrées à domicile, et 3,50 pour les scolaires.

Cette reconversion a amené un profond changement d’organisation.Il faut établir les commandes très longtemps à l’avance, et pour cela établir un calendrier avec les producteurs pour que ceux-ci puissent fournir en quantité( ex : Adrien leur fournit 3,5 tonnes de patates par an, cela ne s’improvise pas)

Les menus tiennent compte rigoureusement de ce qui a été prévu au calendrier : au moment des cucurbitacées, on sert la même semaine soupes, gratins…

Leur filière viande était « Viande pays de Savoie», mais elle a été abandonnée, les quantités à fournir étant trop importantes .La liste de leurs fournisseurs figure sur le site de la ville d’Annecy.

En 2006 introduction de 5% de bio, en 2011 20% et en 2012 ce sera 25%. BRAVO !!!

Mr Vincent souligne que cela n’est possible qu’avec l’appui de la municipalité,qu’avec la conviction qu’il est plus que temps de lutter contre le gaspillage grâce à la qualité des produits ; la volonté des gestionnaires et des producteurs d’aller à la rencontre les uns des autres étant une pierre indispensable à l’édifice.

Une journée passionnante, qui apporte du baume au cœur du mouvement Territoires en transition et lui prouve qu’il travaille dans la bonne direction.

Noëlle Allamand.

______________________________________________________________________________

1 Présentation du mouvement Territoires en transition : http://www.transitionfrance.fr/